Tribune Par Le collectif Paris nous appartient
Monsieur le maire, Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui ont pris la parole pour déplorer l’ennui qui étreint les nuits parisiennes : professionnels, politiques, administration… Concernés au premier chef, les citoyens sont hélas les grands absents de ces débats. En tant que simples citoyens, nous faisons le constat que la nuit tous les chats ne sont pas gris et que Paris étouffe sous le poids de ses apartheids. Apartheid financier d’abord : les prix pratiqués excluent de fait ceux qui ne disposent pas de revenus conséquents, les jeunes au premier chef. Apartheid ethnique ensuite. Voilà bien longtemps que des associations ont démontré que, comme l’aurait dit Coluche, face à un physionomiste de boîte de nuit, il valait mieux être blanc et riche que noir et pauvre. Apartheid sexuel aussi : gays et hétéros semblent souvent évoluer dans des univers parallèles et hermétiques. Apartheid social enfin. Nombreux sont les lieux qui ont fait de l’entre-soi une marque de fabrique, instillant violence sociale et humiliation là où l’on vient chercher de la légèreté et du divertissement.
Selon nous, la ville ne doit pas être abandonnée aux seuls marchands, Cathy Ghetto et autres cafés des frères Low Costes. La nuit peut aussi être un moment de partage culturel, organisé par les citoyens pour les citoyens. C’est pourquoi, pour que la première cité française ne devienne pas une Pompéi ensevelie sous les laves de l’embourgeoisement ou une Belle au bois dormant attendant désespérément de frissonner, nous proposons la mise en place d’une politique culturelle et festive de l’espace public qui ne se limiterait pas à de grandes messes médiatiques.
Pourquoi se contenter d’une seule Nuit blanche par année et ne pas régulièrement investir des bâtiments symboliques (mairies, musées, gares, parcs) pour des soirées pluriculturelles ? Pourquoi ne pas s’inspirer de nos voisins belges de Bruxelles Congrès et stimuler des événements populaires entraînant une désanctuarisation du patrimoine ? S’appuyant sur des structures associatives à la philosophie non lucrative, ces soirées permettraient à la fois de contribuer à la démocratisation d’une nuit parisienne élitiste et onéreuse, de renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes à un espace public et de rendre leur attractivité à des zones urbaines endormies. Lors de votre élection en 2001, les Parisiens vous ont confié les clés de la ville. Aidez-nous à en déverrouiller les portes closes.
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