Enjeux territoriaux et politiques, par Henri Simons

Henri SIMONS
ancien premier échevin de Bruxelles chargée de la Culture, professeur à l’IHECS

Dans un entretien qu’il donnait au Monde, David Mangin, architecte, grand prix français d’urbanisme, soulignait que la notion d’espace public libre d’accès et gratuit est de plus en plus menacée. Il plaçait son propos dans le cadre de la ville durable.

Ceci pose plusieurs questions : que veut dire « ville durable », qu’est ce que « l’espace public libre et gratuit » et en quoi y a-t-il une menace grandissante ?

Pour David Mangin, la ville durable, « c’est celle qui peut changer pour s’adapter à de nouvelles conditions économiques, sociales et écologiques. C’est une ville passante, à l’inverse des environnements sécurisés ». Il ne fige donc pas la ville durable comme une ville historique et établit que la ville peut et donc changer avec les nouvelles réalités du temps. La ville durable, c’est aussi « une ville qui permet, au quotidien, d’accéder à des services élémentaires comme l’école puis les commerces sans avoir besoin d’emprunter sa voiture ». Or, ajoute-t-il, « la notion d’espace public libre d’accès et gratuit est de plus en plus menacé. » On le voit, on est loin d’une ville figée que voudraient quelques passéistes.

La notion d’espace public est ici lancé au-delà de son acception habituelle : il s’agit de l’espace public territorialisé (la place, la rue, le parc,…) mais aussi de l’espace public au sens habbermasien (l’endroit où se fait le débat, la rencontre, la pensée,…). Une notion d’urbanisme qui actuellement gagne en réalisation va à l’encontre de l’espace public libre. Ainsi en est-il des lotissements privés auto-sécurisés que les Américains appellent des « gated communities ». Soyons directs ; à côté des lotissements fermés de logements que des villes laissent construire à leurs périphéries (mais aussi de plus en plus à proximité de leur centre,) elles favorisent les constructions d’enclaves fermées d’un autre type : zones commerciales gigantesques, parcs de loisirs, lotissements de bureaux,… L’ensemble du système de circulation automobile, système dominant, est alors bâti pour servir ces lieux séparés et par-là même l’espace public n’est plus accessible comme un lieu libre et vivant. On ne peut plus parcourir ces villes et comme le souligne Mangin : « il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une métropole qu’on ne peut pas parcourir ».

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