Paris Nous Appartient a rencontré le 4 mars dernier Stéphane MARTINET, Adjoint chargé de la Culture et du Patrimoine à la Mairie du 11ème arrondissement. En tant que représentant des usagers, nous faisons actuellement partie d’une consultation beaucoup plus large qui verra la Mairie du 11e rencontrer les représentants des riverains, des établissements, leurs syndicats, et les établissement eux-mêmes.
Nous y avons discuté des nouvelles initiatives lancées par l’arrondissement. C’est une bonne nouvelle parce que c’est la Mairie d’arrondissement la plus concernée par ces problématiques. Pour illustrer la préoccupation de la municipalité, S. Martinet rappelle que, sur 9000 terrasses autorisées à Paris, plus de 1.000 le sont dans le 11ème arrondissement. Et l’arrondissement abrite également de hauts lieux de la vie nocturne, tels que la rue Oberkampf et la rue de Lappe. C’est aussi un quartier où vivent de façon plus que dense toutes les catégories sociales, notamment des précaires qui peinent à faire entendre leur voix.
On pourra toujours argumenter que ce sont principalement les problématiques de voisinage et de bruit qui font bouger les élus en ce moment. Mais en ce qui nous concerne, on ne peut que s’enthousiasmer de ce nouvel élan (On s’en souvient, c’est déjà cette Mairie qui avait accueilli nos amis d’Entrisme dans la cour de la Mairie pour un concert gratuit en septembre dernier).
Travailler les marges des quartiers
La stratégie visée par la Mairie du 11ème est innovante. A ce jour, 1/3 du courrier du Maire est composé de plaintes liées à la Nuit. Celles-ci ne concernent toutefois pas uniquement les sites les plus connus (toujours Lappe et Oberkampf). Elles concernent aussi les voies en marge de ces rues, qui accueillent les nouveaux établissements qui du fait de cette situation géographique sont moins fréquemment contrôlés, et dont les habitants n’anticipent pas l’arrivée des établissements.
Historiquement, ces deux rues ont, depuis longtemps, été des lieux fréquentés la nuit, par exemple par des cabarets rue Oberkampf. C’est moins le cas des rues alentour. Et ces nouveaux développements concentrent une grande partie des tensions, et donnent lieu à des cohabitations parfois difficiles (manifestations, création d’associations de défense).
Nouveaux usages et effet cliquet
En travaillant d’abord sur ces espaces, l’arrondissement espère faire naître de nouveaux comportements vertueux qui s’étendront au reste du quartier. L’enjeu est double: agir sur l’existant, et agir sur les établissements futurs. En effet, en généralisant l’encadrement des établissements existants, l’arrondissement souhaite inciter les nouveaux lieux à respecter les mêmes standards.
Parmi les solutions évoquées, on retiendra le besoin d’une meilleure compréhension des nouveaux usages et des attentes des usagers, et d’un travail coordonné avec la préfecture de police de Paris et Bruitparif pour une évaluation des nuisances sonores plus précises. De même qu’une meilleure signalétique à la sortie des établissements.
En cause, les nuisances des usagers à l’extérieur des lieux de nuit ne sont pas simples à gérer. D’abord les nouveaux comportements des usagers (pas uniquement liés à la législation du tabac), qui passent de plus en plus de temps à l’extérieur et se déplacent de lieux en lieux sans rentrer systématiquement à l’intérieur, rendent compliquée la responsabilisation des établissements.
Selon nous, pour faire baisser le bruit des terrasses, une seule solution fonctionne à ce jour : la médiation. Or celle-ci coûte cher, ne peut être effectuée par les personnels présents aux portes des lieux, et met en péril leurs équilibres financiers. A ce jour, il n’existe pas d’accord ou de dispositif mis en place pour créer des postes supplémentaires de médiateurs, dont une partie pourrait être subventionnée. Stéphane Martinet relève que des initiatives en faveur de leur mutualisation et de leur prise en charge par plusieurs établissements pourraient voir le jour. Peut-être les médiateurs et les clowns annoncés par la Mairie lors des derniers Etats Généraux aideront en ce sens – pour notre part, nous en doutons un peu.
Par contre, nous sommes curieux de voir toutes les initiatives qui sortiront de cette consultation, et les décisions qui seront prises.