Thierry Théolier est un poète-performer, organisateur et surtout un hacktiviste du web depuis près de 10 ans. Provocateur-né (en 68) TH (son alias) est toujours prêt à s’engouffrer dans les failles des systèmes déjà constitués et à se jouer en temps réel des mouvements de mode, il entend œuvrer pour pirater le langage ainsi que les us et coutumes de l’époque afin de mieux détourner les codes normatifs du moment. Il s’agit pour lui de se situer dans les angles morts de l’ordre établi pour faire vivre des perspectives sauvages. Profiter d’une situation marginale pour créer des configurations à partir desquelles provoquer des situations nouvelles, inattendues, et œuvrer ainsi, de situation en situation, au gré de la redéfinition permanente des configurations, pour la genèse et la ré-génération d’actes libres: tel semble être « le dessein sans fin » du travail de réseau entrepris depuis des années par Thierry Théolier. Il a spammé un livre, son premier baise-sollers CREVARD aux Caméras Animales, salué entre autres par Gérard Guégan, Chloé Delaume et Rock’n Folk. Paris Nous Appartient sera partenaire de la soirée FREAK WAVE que le revue éponyme organise avec son aide au Point Éphémère ce vendredi 29 avril pour le lancement du deuxième numéro. L’occasion de faire le point avec lui.
TH : Niet Mon Général. Il faudrait juste souligner le travail du Collectif 13 sur les squats dernièrement et celui qui a été fait par Éric Labbé de Nuit Vive pour soulever des questions sur la Nuit à Paris. Par contre, les squats ferment un à un avec cette saloperie de loi UMP Loppsi 2 et je ne sais pas si ça a fonctionné les trucs généraux du business, si ce n’était pas une tactique politique pour calmer les hypeux, les artistes et les limonadiers. Pour qu’on puisse s’exprimer librement (et surtout sans autocensure), vivre la fête et l’art en même temps, il faudrait pratiquer autrement une politique culturelle avec des propositions concrètes, parallèles au business privatisé ou monopolisé par des bobos fonctionnaires déconnectés de l’underground et surtout investir des nouveaux lieux publiques , squats ou pas sans à l’intérieur de gros beaufs réac’, je parle de ceux qui cassent l’art contemporain et je ne parle pas du plastique bankable ou du geek marchand, je parle des œuvres, des projets de résistance numérique, l’hacktivisme.
Quand j’ai créé le blog collectif les casseurs de hype en 2002, c’était une œuvre collective de colère noire, nihiliste radicale contre La Hype ce nihilisme cool… ça a commencé par un texte contre « la dictature à l’entrée » de certains lieux comme à l’époque justement le Palais de Tokyo, texte que j’ai lu enfin dernièrement au Palais du tok même pour le lancement de ZEITGEIST et je remercie au passage le fondateur Yan Céh. Ce texte critique intitulé « Les Producteurs du Palais » je l’ai blogué le 23 janvier 2002 le lendemain de l’ouverture pour attaquer la loi V.I.P du Palais et des lieux, évènements commerciaux semi-privés. Le lire à l’intérieur 10 ans après a été pour moi une victoire d’éthique de hacker, une manière de boucler la boucle aussi et de passer à autre chose. Après ce texte, j’ai fondé le réseau Syndicat Du Hype (SDH) l’alibi est de faire du « ventrisme » (entrisme mondain dans les open bars et les vernissage trendy) mais surtout de passer de l’information underground avec comme carotte l’Open Bar et la hype. Facebook cette hégémonie relationnelle bleu n’existait pas (une photo sexy m’a été encore censuré hier…).
Au final, je n’ai pas l’impression que ça ait beaucoup changé. Les comportements sont toujours les mêmes et peut être encore plus exacerbés vers le bas ou le haut de la pyramide sociale avec le Sarkozysme qui renforce l’individualisme et le matérialisme. Je n’ai rien vu venir de nouveau. Les squats ferment un à un (et je n’aime pas leur programmation) donc non , désolé pas d’améliorations. J’ai été juste contacté par un responsable de la mairie pour organisé une NIMP dans un lieu immense en 2012. En février dernier, j’ai pu aussi produire une soirée NIMP rue Royale dans un squat magnifique, fermé depuis bien-sûr ! mais j’e n’ai pas pu encore organiser un évènement comme je l’entends, avoir des moyens, bien payé les artistes et mon équipe de dudes. Conseil : Ne rien faire sans dudes, salut Nikko Infectious, salut Teddy Valente. Impossible de faire quoi que se soit sans engraisser les cultureux, les limonadiers ou nourrir les squatteurs-propriétaires ou sans avoir maintenant la peur au ventre qu’on vous foute en prison. Je salue Marc Zeller d’avoir donné sa carte d’identité à ma place à notre dernier évènement rue royale au 08. La presse culturelle ne s’intéresse pas aux marges même les plus contemporaines.
Il reste le web 1.0 (la bonne vieille page html), les réseaux sociaux à pervertir. Il est très difficile de sortir de la nuit sponsorisée, de la nuit policée et de l’art contemporain chic pour bobos. Aujourd’hui je me dirige vers plus de spiritualité, de sport et de poésie car l’En-Jeu n’est pas que la Fête, c’est de donner une substance politique ,spirituelle, corporelle à ce qu’on fait, vit, crée pour les autres et soi -même. Je recommande la lecture du livre « La lutte Initiale« , (éditions Denoël) de Phillipe Nassif pour relever le niveau intellectuel donc spirituel des consommateurs de hype. Il faut organiser des rencontres, des colloques de pop philosophie, pour par exemple parler de la fête à tout prix, qu’on fait après avoir bossé comme un con en open space la semaine pour se mettre minable le week-end comme pépé et mémé (papa et maman ont fait 68 pour bosser dans les médias et la pub). On n’a pas assez de lieux, il faut qu’on puisse accéder plus facilement à des nouveaux espaces. Il y a saturation, il faut changer de dispositifs. On continue moins fort, je veux dire plus vicieux.
TH : Quand tu veux organiser quelque chose à Paris il faut passer par un responsable, un programmateur, une agence de booking… L’interstice est faible pour booker des artistes un peu différents. Le problème pour moi, c’est la chaine des intermédiaires. Mon travail en ce moment c’est d’aller voir les lieux par exemple La Gaîté Lyrique, la Maison des Métallos, les petits bars queer comme O kubbi caffé ou le Gambetta… Il faut à chaque fois être introduit, présenté, pour pouvoir proposer ses projets. Le Point Éphémère, j’y ai trainé pendant trois ans avec ma cannette avant de commencer à programmer du NIMP (qui n’est pas n’importe quoi) et du FREACK (qui n’est pas que du trash). Quand je vois comment sont sélectionnés les artistes contemporains ou les groupes branchouilles c’est pire que le concours d’entrée pour normale sup’. Il faut absolument ouvrir ces lieux de l’intérieur. Hacké la hype et programmer de l’underground numérique qui est le meilleur de l’art contemporain et je parle pas de l’art des squats, je parle toujours de l’hacktivisme numérique, l’art conceptuel 2.0 et des musiques radicales, expérimentales et pas cette musique branchouille qui finit en musique de pub. « Enculés!« .
Il y a beaucoup de monde et pas beaucoup de place. C’est donc un problème de lieux. Il n’y a pas énormément d’endroits qui peuvent accueillir les artistes dans de bonnes conditions. Le système n’est pas souple, pas réactif. C’est aussi une question de libertés. En tant qu’activiste du web, j’ai trouvé une économie d’artiste avec La Nuit et la hype telles qu’elles sont. Je bosse parfois la com pour elles ou en DJ selector et c’est ma part de concession dans ce système mais je refuse de pervertir mon art poétique ou le formaliser à l’extrême (poésie sonore) pour demander des subventions ou faire partie du petit milieu de la poésie contemporaine très chiante alors je fais du cash, c’est de la survie et j’essaie toujours de faire rentrer tout le monde et de mettre B.Y.F (Bring Your Flask). J’ai besoin d’organiser des événements payants (entre 5 et 8 € pas plus…) pour être libre. Là je ne me sens moins libre. Je n’ai pas d’endroit ou de vrai squats comme le 08, c’est laborieux de créer des événements sexy, spontanés. Il faut réquisitionner de manière officielle via l’État. Être moins radical dans l’art du squat et faire de la diplomatie chinoise et toujours cet hacktivisme sur le web. Depuis le 5 février , pour moi il n’y a plus aucun squat contemporain à Paris. La législation s’est renforcée, radicalisée, c’est devenu impossible. Il y a un problème et nous sommes responsables de cela.
TH : L’état réquisitionne et lègue des bâtiments (petits ou immenses) qui ne servent à rien et les artistes proposent des cellules de productions, des modules légers de représentation. Pas de grande salle mais que des petites salles de concerts, des ateliers des studios de répèt’. Pas de directeur de programmation non plus, mais des gardiens du lieu (des machines ça serait l’idéal comme des casiers de piscine pour donner une image radicale) qui donnent des cartes blanches , des clefs à des artistes, pas des programmateurs, nuance. Un projet qui ne soit pas institutionnalisé du haut et par sa conception bougerait tout le temps. Un peu sur le modèle d’une immense ruche, avec des alvéoles comme des T.A.Z, des zones d’autonomie créatrices temporaires. Au 104, ça serait parfait. J’ai déposé le projet en creative commons.
TH : La France par son histoire, sa culture est hyper conservatrice dans tous les domaines et se ringardise toujours aussi vite ! Le problème ce n’est pas le public (bien que certains publics de la hype en tiennent une couche et je pense aux modeux et aux formatages queer) c’est les gens au pouvoir, aux commandes. Au contraire le public-acteur n’attend que ça, il attend de grandir, de reprendre possession de sa vie, et pas seulement de travailler pour consommer, faire la fête. Au contraire le public attend de faire des activités qui mêlent passion et labeur au sens positif. Un artiste bosse 24h/24 , la nuit il rêve et c’est aussi de la production.
L’art, la nuit, la culture sont des secteurs d’expression plus ou moins libres, plus ou moins formatés. Il y a les artistes, le public qui peut lui aussi être plus ou moins consommateur, plus ou moins acteur. Les gens on un projet plus grand que la représentation quand ils sortent ou font la fête. Ils manifestent leur envie d’une vie plus libre, de moins d’aliénation. C’est pas uniquement basé sur le plaisir, mais aussi sur le travail, le corps. Il ne faut pas tout le temps se perdre dans les jouissances contemporaines qui ne mènent à rien. Le travail du syndicat c’est ça, associer, le plaisir, la (contre)culture, les marges mais aussi le centre, un travail d’émulation, de centrifugeuse. Un travail dont le spectre est large. En ce moment, on veut faire d’avantage de lectures et des colloques par exemple…
TH : Je me méfie des mots tendance comme « perpendiculaire » ou « transversal » je préfère « vertical » comme se tenir debout. En ce moment je conseille de lire de la philosophie, poésie ancestrale et de la spiritualité, c’est un acte politique. Le dernier show qui m’a le plus plu récemment c’est moi tout seul à lire le bouquin de Nassif. Parce qu’il remet les choses dans l’ordre. dans le chaos contemporain. Il faut donner au public des altérités différentes que les formatages qu’on se tape depuis 20 ans. On ne veut pas non plus se perdre dans la complaisance hype, ou la réaction-réac’ ou le trash stéril et complaisant. Il faut reprendre et redonner du sens. Là par exemple je travaille sur un projet avec Tristan Ranx, Fluctuat, Chronic’art et Ulule qu’on va proposer à la Gaîté Lyrique. On a appelé ça « Opération 56 K : Internet pour la Libye » on veut envoyer des vieux modems en Libye pour aider les rebelles à se connecter à Internet. C’est un vrai travail d’hacktivisme , un travail sur le numérique politique pas du design 2.0 pour bobos. On va voir si la Gaîté en est capable ou si c’est un nouveau Pompidou.
http://alibi-art.com
http://thth.free.fr/sdh/pointFMR/FREAKWAVE/
http://www.facebook.com/event.php?eid=198079900214859
[...] B,6 mois plus tard, les promesses d’une “Night” retrouvée s’envolaient. Thierry Théolier, poète performer, partageait il y a quelques jours un avis clair comme de l’eau [...]
Je vois pas l’intéret de blablater sur la nécessité de l’alternative à l’alternative tout ca pour organiser des soirées Chronicart à la Gaité Lyrique.
Ah et, bien sur, sa chapelle est le vrai underground et les autres gens sont des bobos déconnectés du « vrai underground ». Quand on veut faire le donneur de lecons comme lui il vaut mieux avoir un truc intéressant à dire plutot que cet étalage d’ego et d’ignorance.
La « hype anti hype » hahahaha mais quel bollos
Complètement ridicule ce mec, avec son langage à deux balles et le genre qu’il se donne. Les textes qu’il écrit sont illisibles (« Non, ils ne sont pas illisibles, tête2merdeuh, ils sont branchés ! »). Une vraie tête à claque qui pète plus haut que son derrière.