
Ce devait être une petite célébration, le comité de suivi des Etats Généraux de la Ville de Paris s’est révélé beaucoup plus tendu que prévu… Les motifs de réjouissance ne manquaient pourtant pas, mais les riverains, et la préfecture surtout en ont décidé autrement. Dommage…
Ce comité de suivi, créé en même temps que les Etats Généraux de la Nuit, était l’occasion de faire le point sur les initiatives de la Mairie, de reprendre le contact avec les participants, et de discuter des nouvelles initiatives à prendre.
La Mairie était sérieusement représentée, par les adjoints Mao Peninou, Bruno Julliard, Jean-Bernard Bros, ou encore le cabinet de Jean-Marie Le Guen. Seul Christophe Girard manquait à l’appel. Du côté des participants, pas d’absent notoire, signe que les liens tissés pendant le travail préparatoire ont continué de se développer et de la crédibilité de la démarche.
Première indication des difficultés actuelles la préfecture n’était pas représentée par son sous-préfet Renaud Vedel, qui avait pourtant participé à l’ensemble des Etats Généraux, mais par une représentante qui a décidé de quitter la réunion au bout de quelques minutes…
« Fermeture du Batofar pour 9 jours. Après l’interdiction de la Fête de la Musique à la Butte aux Cailles. La préfecture est en pleine forme » (Eric Labbé, Facebook).
On l’entendait dès le début de la réunion « ça va être tendu », et effectivement ça n’a pas manqué. L’ensemble de la réunion souffrait de deux difficultés, d’abord la préparation de la réunion elle-même qui manquait singulièrement de méthodologie (pas de document préparatoire, pas d’ordre du jour), l’équipe étant probablement un peu trop certaine que la qualité des annonces suffirait. Mais surtout les relations entre la ville et la préfecture de police qui s’étaient sérieusement tendues quelques jours plus tôt à l’occasion de la fête de la musique.
Pour mémoire, un arrêté préfectoral interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique de 16 heures à 7 heures du matin au cours de l’événement avait en effet provoqué la colère des commerces, et provoqué une grève relayée dans de nombreux journaux (voir en fin d’article). Avec un étrange goût de retour en arrière, au moment de la pétition « quand la nuit meurt en silence ». Pourtant c’était une des grandes avancées des Etats Généraux, l’impression que la Préfecture et la ville travaillaient objectivement ensemble sur cette question.
Le départ de la représentante de la préfecture après quelques minutes de réunion, tancée par nos amis de Fetez Clairs sur l’annulation d’une action de prévention près du Batofar, n’arrangeait rien. Avec le recul, on comprend mieux cette décision, la préfecture avait indiqué qu’une « action de prévention ne pouvait se dérouler sur un espace qui était en cours d’investigation en matière de stupéfiants ». Celle-ci s’est déroulée depuis, conduisant à une fermeture administrative de 9 jours du lieu. Le raccourci entre la prévention et la répression dans ce cadre, même s’il est trop facile, est tentant…
Pour le Batofar, « La Préfecture de Police de Paris a ordonné cette fermeture administrative suite à plusieurs interpellations, intervenues à l’extérieur du Batofar, de personnes en possession de stupéfiants et ayant déclaré s’être procuré leur marchandise à l’intérieur du club. Aucun dealer ou trafiquant de stupéfiant n’a été appréhendé à bord du Batofar durant les six mois d’enquête menée par la brigade des stupéfiants ». Plus de mal que de bien ?
Pour la Butte aux Cailles, l’attitude de la préfecture de Police est toute aussi difficile à comprendre, et va à l’encontre même du travail entrepris avec la Mairie en matière de prévention. Inutile de dire que ce revirement a été assez difficilement reçu par les commerçants, voisins (qui ont signé une pétition de soutien), et l’ensemble des membres du comité de pilotage (à l’exception des usuelles représentants des voisins mécontents, on y reviendra).
Il manque désormais une partie du puzzle, pour des raisons difficiles à comprendre (d’ordre politique ?) et l’absence de la préfecture a pesé sur l’ensemble de la réunion. Ca n’a pas empêché la ville de faire des annonces importantes, et de montrer son volontarisme sur la question de la Nuit.
Petites et grandes annonces
Mao Peninou n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que « les Etats Généraux ont permis de faire rentrer la Nuit dans l’actualité. Des budgets ont été votés par la ville, les choses bougent, nous serions tous perdants à revenir à une situation conflictuelle. Il faut maintenir le dialogue ».
Petit aperçu des annonces justement
- La question des « conflits d’usages de la nuit » entre riverains et lieux festifs fait désormais l’objet de réunions de commissions de médiation dans chaque arrondissement.
- Riverains, professionnels de la nuit et représentants de la préfecture de police se réunissent avec les maires d’arrondissements, chaque fois que cela est nécessaire.
- Dans ce cadre, des études d’objectivation des nuisances sonores seront menées dès le mois de juillet par Bruit Parif, dans deux quartiers des 11e et 13e arrondissements, en accord avec les associations de riverains et de professionnels de la nuit.
- Les premières expérimentations du dispositif de médiation de rue se tiendront à partir de septembre dans les quartiers à forte activité festive. Une association vient d’être créée pour porter ce projet co financé et co-dirigé par la Ville et les établissements de nuit.
- L’ouverture, plusieurs soirées par semaine, de salles de type « foyer » pour les adolescents sera expérimentée dès le mois d’octobre au sein de trois centres d’animation (12e, 13e et 19e arrondissements). Animations en soirées et moments informels s’y alterneront, afin de répondre aux demandes des jeunes à la recherche d’un lieu pour se retrouver dans leurs quartiers.
- De grandes rétrospectives dans les musées de la Ville feront l’objet d’ouvertures exceptionnelles la nuit, sur le modèle de l’exposition Basquiat présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (avec deux nocturnes exceptionnelles jusqu’à minuit).
- Le STIF a renforcé 12 lignes Noctilien à compter du 2 juin dernier. Au-delà, différents projets sont à l’étude pour améliorer encore l’offre Noctilien : ils concernent la qualité de service offerte aux usagers (projet d’abris pour les voyageurs…) ainsi que la création de nouvelles lignes.
- Des actions de prévention des conduites à risques, comme le dispositif « Fêtez Clairs », sont engagées en lien avec les associations de responsables de bars
- La Ville de Paris montre également son attachement à la vie nocturne dans la capitale au travers
de plusieurs actions: le lancement à l’automne, d’une application smartphone de www.parisnightlife.fr l’ouverture, en lien avec la Région Ile-de-France, d’un nouveau lieu de diffusion musicale flottant « Petit Bain » (13e), l’organisation des « nuits ouf » au 104, la recherche de bâtiments en attente d’attribution pour l’organisation d’événements nocturnes ponctuels.
Toutes ces questions méritent quelques réflexions, par exemple, pourquoi créer une nouvelle structure pour la médiation alors que de nombreuses associations en matière de prévention ou de médiation existent déjà ? Et l’organisation des « nuit oof » au 104 n’est pas réellement une avancée fondamentale en matière de renouveau de la nuit parisienne sachant que ce type d’événement devait être un des fondements de sa programmation, lors de son ouverture en 2008.
Ce qui est sûr c’est que ces annonces, qui complètent celles des EGN, vont totalement dans le bon sens. La Mairie remplit ses engagements, avec enthousiasme et une réelle envie de changer la donne.
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D’autres questions, bien sûr, restent en suspend. Les voies sur berge par exemple, offrent une opportunité exceptionnelle de rénovation urbaine qui pourrait prendre en compte les problématiques de nuit. Et une plus grande implication des habitants de la ville.
Et une trop faible implication des usagers dans la stratégie de la ville dans sa réflexion sur la nuit, qui pourrait pourtant s’avérer précieux. Comme l’indique Sylvain Martinet, adjoint du 11ème arrondissement de Paris, une politique efficace doit se baser sur trois éléments, les établissements, les riverains, et les usagers. Par exemple « une charte simple basée sur trois couleurs et des stickers en fonction des nuisances (vert, orange, rouge) a été mise en place dans l’arrondissement, qui fonctionne très bien et permet d’introduire un véritable dialogue vertueux entre les trois ».
Elle permettrait une meilleure implication des associations de riverains présents à la réunion, qui se sont montrés extrêmement agressifs. Pour eux, les Etats Généraux ont donné le signal que la ville a donné un blanc seing aux établissements pour augmenter les nuisances. S’ils ont admis que le règlement des terrasses a rééquilibré une partie des dérives sur la voie publique, la véhémence de leurs interventions a semblé marquer un point de non retour dans leur relation à la Mairie. Ces associations pourraient pourtant se nourrir de ce genre d’initiative au lieu de se plaindre à longueur de réunion… Au contraire leur crédibilité est de plus en plus faible, à force de ne participer à aucune initiative constructive pour résoudre les problèmes dénoncés…
Peut-être une meilleure connaissance de la volonté des usagers permettrait aussi de compléter ces demandes. C’est pourquoi Paris Nous Appartient lancera bientôt une série d’études et de sondages permettant de mieux comprendre les usagers, et une initiative permettant de les solliciter plus régulièrement.
Pour accompagner la ville dans sa démarche positive d’amélioration de la qualité de la vie nocturne à Paris, et les établissements qui y participent.
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